no man's land

Provodnista

Mardi 27 – Jeudi 29 octobre 2009 – Sibérie

Sur le trajet du transsibérien Irkutsk-Ulaan Baatar, nous avons eu la joie de croiser nos nouvelles provodnista(s).*

Dans chaque wagon, deux cheftaines se relayent, jour et nuit, pour contrôler les billets, informer (ou sommer) les voyageurs sur les arrivées en gare et s’occuper de la maintenance (ou gouvernance). Elles sont avant tout en charge du samovar! Élément social indispensable, ce ballon d’eau chaude cuivré trône au bout du couloir… en face, la cabine de garde recèle bien des trésors : sachet de thé noir, soupes hyophilisées archi salées, barres chocolatées over sucrées. Bref, toutes sortes de produits de dépannage à prix modiques, qui prolongent la survie sur un trajet longue distance (mais diminue rapidement l’espérance de vie).

Pendant 48 heures, dépasser ce check point s’avéra mission impossible. Nos prodvonista(s) se donnaient un mal fou pour ne jamais paraître sympathiques. La blonde, une petite boule, aboyait à chaque bruit de couloir, en bon roquet élevé aux kartoffel(s). La brune au port de caniche prétentieux, se révéla être une garce dominante. Je passe … « vous allez où habillée comme ça » ? Dois-je comprendre, le roquet, que je ne suis point libre de mes mouvements, encore moins de mon style vestimentaire !? La dose d’autoritarisme est telle que je repars hébétée. Quelques heures plus tard… « t’es déjà sortie, va t’asseoir » ! Le couloir est aux cabines du wagon ce que la promenade est aux cellules de prison. Sur ce tronçon de train, dans ces conditions précises, la loi de l’enfermement atteignait son comble. « Va t’asseoir j’te dis, et ferme la » !

Le caniche marmonne en russe, ça sonne à ne pas s’y tromper comme des insultes. Moutarde. Ça pique, des voix protestent. La demi-douzaine d’étrangers semblent subir le même traitement – les Français comptent double – et l’Australien est furax. Lorsque nous traversons le no man’s land de la frontière russo-mongole, elles traversent le couloir pour s’emparer de nos appareils photos. « No picture ». Coup d’éclat. « But it’s beautiful » ! Je ne me contiens plus. J’ai la révolte sous la peau, qui gronde. De la lave coule dans mes veines, comment dire… si je passe au français tu vas me maudire cerbère ! Repli stratégique de l’ennemi. Trop d’yeux contemplaient le no man’s land… Seulement, la trêve n’était pas encore signée.

* Le russe se décline, permettez-moi de simplifier avec un pluriel à la française.

* Nos chefs de wagon de Moscou à Irkusk étaient, elles, d’une gentillesse slave, toute en discrétion et en générosité.

This entry was published on 3 février 2011 at 18:54. It’s filed under Carnets de voyage and tagged , , . Bookmark the permalink. Follow any comments here with the RSS feed for this post.

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